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7h00 – Les premiers marcheurs s’éveillent et se lèvent pour orner le parc de bannières et drapeaux, préparer les emplacements extérieurs qui accueilleront les stands, organiser la salle de projection et débat qui accueillera aussi à partir de 10h et jusqu’à midi « Stop-Tricastin ». « Stop-Tricastin » ? : un collectif inter-départemental regroupant des citoyens antinucléaires de Vaucluse, de Drôme, d’Ardèche, des Bouches-du-Rhône qui unissent leur détermination et leur foi en la vie pour la fermeture du site nucléaire du Tricastin. Un nouveau collectif pour une vieille centrale au bout du rouleau et un site nucléaro-chimique qui menace toute la région. La naissance officielle du collectif sera annoncée le 26 avril à l’occasion de la commémoration de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Les énergies humaines supplantent le vieux monde militaro-industriel des nucléocrates.

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12h00 – Les premières personnes pénètrent sur le « Parc des Libertés ». Une gratiféria se met en place. Chacun-e apporte les objets dont il-elle veut se départir. Chacun vient prendre ce dont il-elle a besoin. Pas de vente, pas de troc, pas d’échange, simplement « je n’en ai plus l’usage, je m’en sépare afin qu’un-e autre en use puis le restitue à qui veut ». Partout dans le monde se développe cette nouvelle façon de donner sens et valeur d’usage aux biens créés par les travailleurs, en se libérant de la valeur marchande et du profit financier.

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Un atelier de couture-créative est initié par Lucie, artiste vestimentaire itinérante. Les mains farfouillent dans le tas de tissus à la recherche du motif inspirant pour le transformer en habillage ou slogan à coudre sur son vêtement. Peu à peu ceux-ci se parent de formes multicolores qui prennent sens : « amour », « paix », « no nuke », « (r) évolution »,… Les tee-shirt des filles et les pantalons masculins renaissent, trouvent une nouvelle jeunesse pour cette seconde partie de la marche. On ressent là la même dynamique que l’an dernier avec l’atelier d’origami de "Grue de la Paix" (initié, au lendemain du largage des premières bombes atomiques américaines sur Hiroshima et Nagasaki, par les populations japonaises dans le but de ne pas oublier et d’atteindre un point irréversible de non-retour du nucléaire… La puissance de la pensée, la force des actes.)

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Plus de 200 personnes circulent à présent dans la fête antinucléaire. Sous un arbre, à l'abri du soleil, Jean-Do propose son stand de création de toupie à la force du mollet. Tandis que quelques-un-es se regroupent autour de l’orgue de barbarie de Laurent Fruleux pour entonner ensemble quelques chansons populaires et hymnes à la liberté, près d’une soixantaine prend place dans la salle de projection. 

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« Les liquidateurs de Tchernobyl – ses hommes qui sont intervenus à plus de 4000 et se sont sacrifiés pour contenir l’explosion de la centrale nucléaire d’Ukraine le 26 avril 1986 – sont honorés. Leur courage bien sûr, leur sacrifice évidemment, mais aussi la rapidité de la mobilisation pour éviter le pire. La plupart – mineurs de fond, militaires, volontaires - sont morts et, des villes et villages alentours des centaines de milliers d’habitants ont aussi laissé leur vie. L’évacuation/expulsion forcée n’a pas été suffisante pour protéger en urgence les gens de la zone interdite. Rien n’a résisté à la catastrophe : humains, animaux, territoires, lieux de vie. Tout est ravagé et la radioactivité continue ses ravages 27 ans après. Au premier rang des victimes : les enfants.

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Autre film, autre lieu : même horreur, même crime. Fukushima. Le mépris des pouvoirs politiques et techno-scientistes envers la population, la fuite des responsabilités, le refus d’assumer le crime. Et une catastrophe qui perdure, mutile des vies, s’enracine et jette son voile de morts et de maladies sur des générations entières pendant des centaines d’années. L’ignominie à l’état brut.

Et puis, une vidéo-analyse d’ouverture et d’avenir. Pas celle d’un antinucléaire forcené mais celle d’un patron, d’un dirigeant d’un consortium de 120 entreprises des secteurs de l’énergie, des transports, de la communication,… Pour lui, preuve à l’appui, le nucléaire est fini, économiquement et sociologiquement. Trop cher et périmé. Des investissements trop lourds et une technologie dépassée. Une logique centralisatrice et anti-démocratique en décalage avec les pratiques et aspirations sociétales du XXIème siècle. Pour cet analyste et conseiller auprès de l’Europe : l’heure est à la décentralisation, à la production d’énergie au plus près des besoins réels des territoires et en fonction des ressources locales non-délocalisables, à l’auto-production et à la réduction de la sur-consommation.

Après les films le débat s’engage. Ici pas de leader détenant la bonne parole mais une intelligence collective à l’œuvre. On réfléchit, on argumente, on donne à penser, on livre à l’autre son regard et son analyse, on met en commun les idées et les perspectives, on décrypte. A tour de rôle, sans s’interrompre, on rebondit sur les idées, on se confronte fraternellement et fermement. 

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Les radio-reporters de plusieurs stations sont là et enregistrent un moment de création collective, de réappropriation citoyenne du projet sociétal, du vivre ensemble. Rien à voir avec les pseudos « débats citoyens » initiés par le pouvoir où tout est convenu, formaté, enfermé dans un cadre figé, où la parole de pseudo détenteurs de savoirs (les « experts ») prime sur l’individu et l’humain, ou le mot même de « nucléaire » est banni et interdit d’énonciation. 

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Le débat va durer près de 2 heures sans qu’on s’en rende trop compte. Pourquoi arrêter immédiatement le nucléaire ? par quoi le remplacer ? quelle incidence sur nos modes de vie ? comment ça se passe dans la majorité des pays de la planète qui vivent et se développent sans destruction atomique ? pourquoi chauffer de l’eau avec une technologie aussi dangereuse et mortelle alors que toutes les autres technologies de production d’électricité et de chaleur existent ? Quel est ce lien obscure et inavouable pour les élites dirigeantes entre nucléaire militaire et nucléaire civil ? Quelles types d’interventions citoyennes pour la réappropriation de notre histoire collective et bouter hors de France et de la planète les fanatiques de la destruction atomique ?…

Des messages de soutien parviennent d'au-delà l'océan, du Québec et des peuples autochtones Innu et Mowaks, de regroupements antinucléaires québecois.

La télé est là aussi et réalise un reportage avec interview de citoyens « ordinaires ». Ordinaire au sens noble du terme, simple, pensant, agissant, vivant.

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C’est à présent l’heure de la partie musicale avec le trio « Bure Haleurs ». Bure, du nom de la pression totalitaire exercée sur les habitants de cette ville et les populations de la Marne pour qu’elles acceptent que leur pays, leur territoire serve à l’enfouissement des déchets nucléaires, mortels pour des millions d’années. Bure : l’illustration de l’incapacité des nucléocrates qui avaient pourtant affirmé voici plus de 50 ans : « ne vous en faites pas, on va trouver une solution aux déchets radioactifs ». Voilà le résultat : dissimuler le crime et hypothéquer les vies de milliers de générations futures. Beau résultat pour ceux qui se présentent comme les meilleurs ingénieurs et techniciens du monde ! Alors la musique peut devenir dénonciatrice, et le trio aux accents chaleureux ne s’en prive pas. Des textes, des mélodies de rages et de vie. Des rythmes enjoués et des complaintes frissonnantes. Une vaste panoplie de créativité qui emporte l’adhésion du public.

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20h00 – Les participants à la fête antinucléaire ont regagné peu à peu leurs demeures. C’est le moment pour les marcheurs et marcheuses de rabattre banderoles et calicots. L’heure aussi de reprendre quelques forces autour d’une magnifique et savoureuse paella maison. La journée à été longue, demain la marche repartira et quittera le Vaucluse pour le Gard. Nouvelles étapes, nouvelles rencontres avec les populations, nouvelles énergies de lutte contre le crime nucléaire et pour la vie.

photos : Chris et Wolakota

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la presse en parle :

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