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Mardi 16 avril –St-Paul les Durance -  8h30 . Après un solide petit-déjeuner, les antinucléaires se mettent en mouvement et attaquent la descente jusqu’au Pont Mirabeau. La soirée passée à été l’occasion de nouer des liens, de parler de soi, de son cheminement, du pourquoi « je suis devenu un opposant au nucléaire », de sa région soumise aux atteintes de la radioactivité. A l’aube de ce deuxième jour, les individualités demeurent et forment peu à peu un groupe, une collectivité humaine en chemin. Les échanges se développent, les complicités se nouent. Deux heures de marche et, passée la Durance, l’heure est venue de quitter les Bouches-du-Rhône et d’attaquer la montée en Vaucluse. Terrible montée, sans aucun plat et en bordure d’une route plutôt étroite qui n’autorise guère le dépassement des véhicules. On marche à la queue leu-leu. On s’entraide, on s’encourage. Dans l’effort et face au risque la bonne humeur est de mise.
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10h30 - Le Pont Mirabeau est à présent derrière nous et les bouteilles d’eau sortent peu à peu des sacs à dos accompagnées de quelques aliments énergétiques. Il y a là des jeunes, en couples ou seuls, des hommes aguerris, des femmes de tout âge; ils viennent des départements directement impliqués par le crime nucléaire dans la région et aussi d’un peu plus loin : de Drôme où menace aussi la centrale nucléaire de Tricastin et un peu plus loin celle de Cruas en Ardèche, de la Loire où pas moins de 3 centrales nucléaires (Belleville, St-Laurent des eaux, Chinon) contaminent les territoires, des Alpes - en train et en stop et en bus - cette zone hautement sismique et dont les tremblements ébranlent jusqu’à proximité du site nucléaire de Cadarache et du chantier d’ITER. La troupe est chatoyante et chantante à l’image des accents qui s’entremêlent. On sera vers 12h au cœur du petit village provençal de Mirabeau.

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12h00 – Du haut de cette montée interminable émergent peu à peu les marcheurs et marcheuses qui ont déployé leur banderole jaune et noir « arrêt immédiat du nucléaire, ici, partout et maintenant ». Ils se dirigent alors à la rencontre des habitants du village. Les tracts passent de main en main, les discussions s’animent. Ici, nous sommes à quelques encablures d’un haut lieu nucléaire – Cadarache- qui procure des emplois depuis une cinquantaine d’années. Alors les peurs du manque et de la perte prennent le dessus sur le rationnel, l’évolution, le changement. Pourtant, plus d’une personne conviennent qu’il faut effectivement en finir avec cette menace permanente. Le rapport avantage/risque est trop inégal et trop délétère. On y a cru on y croit plus au mythe de la modernité et du progrès illimité apportant le bonheur au peuple. Comment effectivement continuer à nier le réel ?

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13h- La marche reprend son cours en direction de La Bastidonne à quelques kilomètres de là. Un autre village où se développe le co-voiturage et une sensibilité à la préservation de la planète et des territoires. Ici, ce sera l’étape finale du jour, on y passera l’après-midi et la soirée avec les villageois conviés à une rencontre-débat autour de projections de films.

Les marcheurs à pied et les vélos avancent ensemble, les premiers assurant quelques relais logistiques et une incursion en direction de la mairie pour tenter de rencontre le maire et des élus. Il faut briser cette léthargie idéologique et de pensée qui s’est abattue sur la population provençale, à pervertit les administrations et phagocyté les élus. En effet, comment se fait-il que les pouvoirs publics n’aient jamais mis en œuvre une enquête épidémiologique sur le moyen et long terme ? un registre des cancers ? Le poids du lobby nucléaire n’en finit pas de porter aussi atteinte à la démocratie, à acheter les consciences, à voler au peuple son pouvoir de décision.

14h- Les rares arbres sur le côté de la route offrent un furtif refuge aux plus fatigués du groupe, on souffle un peu, on se désaltère et on grignote en attendant le déjeuner. On ralentit, on s’attend, on repart. En ligne de mire, au détour d’un virage, en contre-bas apparaît à présent La Bastidonne. Ouf ! La côte a été rude d’autant que la semelle peinait à se décoller de l’asphalte ; mais la détermination en décuple l’effort.

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La pause est méritée. On s’installe sur l’herbe ou sur un muret. C’est l’occasion de faire le point de la matinée, de discuter du rythme et des temps de repos, de la synchronisation entreceux et celles qui marchent à pied et ceux qui se déplacent à vélo, de la sécurité sur la route aussi,…du nouveau tremblement de terre qui vient d'ébranler les installations en perdition de Fukushima-Daïchi.

15h30 – Au terme du repas, les antinucléaires partent dans le village à la rencontre des habitants. On s’attable à la terrasse du café et la discussion s’engage. « Et pour vous le nucléaire vous en voulez ou pas ? ». Toute la palette des avis, positions, émotions va s’exprimer pendant plus d’une heure. Un forum public spontané et fluide se développe, au cours duquel les informations vont circuler : le contre-poison indispensable pour regagner sa part de liberté de penser. C’est du « corps-à-corps », les âmes se frottent, les affirmations des « grandes gueules » locales tombent à l’eau, la connaissance brise l’omerta.

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Le regard se tourne vers le minot en train de jouer à quelques pas sur la place du village. Eh oui, c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’une génération laisse à la génération suivante une situation pire que celle qu’elle a trouvée. Des tonnes de déchets radioactifs (1 millions 500 000 m3 en France), des atteintes à la santé,… Et les langues se délient, on évoque Elian qui est mort du cancer des poumons il y a quelques mois, pourtant il ne fumait pas ; on parle de la petite Fanny qui a du être opérée d’un nodule à la thyroïde, de la mère Estelle qui est décédée d’une leucémie, de la fausse couche d'Elodie.

La liste des victimes anonymes quotidiennes du nucléaire s’allonge rapidement. C’est que la destruction atomique frappe à longueur d’année, porte atteinte au vivant, à la vie en permanence sans attendre l’accident ou la catastrophe. Celle-ci est déjà en cours. Il ne s’agit pas d’idéologie, de posture politicienne ou financière, de stratégie de transition énergétique mais du réel, du palpable, de rationalité, d’humanité. Le crime est à l’œuvre.

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On se donne rendez-vous dans la soirée pour un débat et projections vidéos sur les liquidateurs de Tchernobyl, l’attitude des autorités japonaises depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima, le discours du gouvernement français en pleine catastrophe nucléaire à Fukushima ("il ne s'agit pas d'une catastrophe nucléaire, il ne faut pas affoler nos concitoyens avec des fausses informations" dixit le ministre E.Besson)…

Ce sera l’occasion de manifester son empathie, sa solidarité avec le peuple martyr japonais qui n’en finit plus de subir les retombées radioactives de la catastrophe toujours en cours.  Et aussi de préciser les atteintes sur la santé des radio-contaminants, les cancers du foie, du poumon, de la rate dus aux contaminations, les nodules à la thyroïde des enfants en recrudescence dans la vallée Rhône-Durance, l'impact odieux de la radioactivité sur les femmes enceintes portant atteinte au foetus, les maladies neuronales et cardiaques,.. Occasion aussi de décider d'interpeller les élus locaux sur la présence ou non de contamination radioactive des eaux distribuées au robinet.

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La Presse en parle

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