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Communiqué de la Coordination antinucléaire sud-est

Le CEA et les autorités cherchent à tranquilliser la population. Une campagne de restitution des comprimés d'iode est organisée pour cela.

Les préfets du Gard et du Vaucluse organisent une campagne de restitution des comprimés d'iode dans les communes du Gard et du Vaucluse aux alentours de Marcoule, en partenariat avec le CEA. Ils justifient ainsi cette opération :

« Depuis l'arrêt définitif des réacteurs Célestin et Phénix, il n’existe plus de risques d’accidents de fusion entraînant un rejet massif d’iode radioactif. Dès lors, la distribution et la prise de comprimés d’iode stable dans le périmètre du plan particulier d'intervention (PPI) ne se justifie plus. »

Rappelons que le rôle de l’iode stable est de saturer la thyroïde pour éviter qu’elle ne capte l’iode radioactif émis lors des accidents de fission. Cela ne protège en rien des dégâts provoqués dans les organismes par les différents radionucléides rejetés en cas d’accident nucléaire.

La prise d’iode joue un rôle rassurant, elle laisse croire à une protection contre la radioactivité. Inversement s’il n’y a plus de distribution d’iode, c’est qu’il n’y a pas de danger. C’est la raison pour laquelle le Japon a tardé à distribuer de l’iode pour ne pas avoir à reconnaitre la gravité de la catastrophe de Fukushima.

Cette décision appelle de notre part les commentaires suivants :

Des quantités importantes d’uranium et de plutonium sont utilisées à Marcoule pour élaborer les combustibles des centrales nucléaires, l’accident de criticité est alors possible si la masse critique est atteinte accidentellement (quantités d’uranium fissile et/ou de plutonium trop importantes en contact). Cela paraît « impossible », et pourtant au Japon (déjà), en 1999, c’est ce qui s’est passé à l’usine de combustibles de Tokaï Mura. Il s’agissait d’uranium enrichi importé de France (!), et, par erreur de travail, la fission nucléaire accidentelle s’est déclenchée. Bilan 2 morts, des centaines de personnes (travailleurs et population voisine) contaminées, 300,000 habitants confinés chez eux.

On ne peut donc exclure l’éventualité d’un tel événement.

Car que se passerait-il dans le cas d'une « erreur de travail » accidentelle comme à Tokaï Mura, ou de la chute d’un avion sur les vieux combustibles usés stockés sans précaution, face à cette éventualité, si ce n'est un « accident de fusion »?

La véritable raison de cette opération est à nos yeux une manipulation grossière afin de tenter d'amoindrir la vigilance de la population sur les atteintes sanitaires dont elle est victime de la part du nucléaire et sur le risque de catastrophe dans notre région particulièrement surnucléarisée (catastrophe qui peut être d’origine naturelle – séisme, inondation), accidentelle ou terroriste.

Le CEA et les autorités n’ont pas oublié les mouvements de panique provoqués par l’explosion du four de Centraco (dont on attend toujours d’en savoir plus), ou plus récemment par les accidents sur le site du Tricastin. Un quart de siècle après Tchernobyl, 2 ans après Fukushima chacun sait que la catastrophe nucléaire est possible, et même de plus en plus probable, surtout en zone sismique comme c'est le cas dans notre région.

De plus, annoncer qu’il n’y a plus de risque de fission (ce qui est osé!), c’est tenter de faire oublier que Marcoule distille insidieusement dans l’eau et dans l’air des radionucléides de la plus haute dangerosité, rejets qui contribuent à accroitre les maladies graves, et les grossesses à risques dans la population.

Nous estimons donc que la campagne de restitution des pastilles d’iode n’est qu’une opération destinée à faire oublier la dangerosité des centres nucléaires pour les populations.

Pour sortir de cette situation nous appelons à l’arrêt immédiat des activités nucléaires, et à leur reconversion vers les opérations de démantèlement, de gestion des déchets, et surtout vers le développement des technologies de maîtrise de la consommation d'énergie et de sa production renouvelable. Toutes ces activités sont créatrices d’emploi. C’est le sens de la marche qui se déroulera du 15 au 26 avril de Cadarache à Marcoule en passant par le Tricastin (voir ici).

le 11 avril 2013