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La FBFC est productrice d'assemblages de combustibles pour les réacteurs nucléaires de la filière REP (réacteur à eau sous pression) et comprend trois sites, dont ceux de Saint-Romans en Isère et de Pierrelatte au Tricastin. Créé en 1983, ce dernier réalise des grilles de maintien pour assemblages de combustibles REP et des grilles pour les assemblages du terrifant combustible MOX (celui de Fukushima Daïchi).

Un incident nucléaire a eu lieu sur le site de Romans-sur-Isère le 24 septembre dernier suite à la découverte, par inadvertance, d'un sérieux problème faisant se côtoyer allègrement des produits atomiques qui n'auraient jamais du être en contact.

L'usine nucléaire de Romans est un maillon important de la chaîne du crime nucléaire par la production de poudre d'UO2 (Dioxyde d'uranium), un toxique sensibilisant, mutagène, cancérogène, reprotoxique. L'usine fabrique aussi des pastilles de combustibles atomiques, d'embouts et crayons de combustible ainsi que des assemblages de combustible fabriqués à partir de l’hexafluorure d’uranium livré à l'usine à partir d'autres sites nucléaires. La FBFC manipule en permanence de l'uranium contenant jusqu'à 5 % d’isotope d’uranium 235 dont un simple gramme présente une radioactivité de 77,7 kBq soit 10puissance3 Bq. Un kilogramme d'isotope 235U pur est le siège de 0,16 fission spontanée par seconde qui se désintègre spontanément en thorium 231 et dont la période de radioactivité est de 703,8 millions d'années

Un risque de démarrage d’une réaction nucléaire en chaîne

2012-09-24_bouteillon-matiere-radioactive_FBFC_St-Romans_Isere_nucleaire.jpgCe 24 septembre donc, il ne s'est agit ni plus ni moins que d'une mise à mal des " règles élémentaires de conditionnement, d'entreposage et de transfert interne de matières fissiles humides et d'une défaillances importantes des dispositions de sécurité" (dixit l'ASN). Ainsi un "bouteillon" de matières radioactives humides (grand récipient métallique contenant la mort) s'est retrouvé, par on ne sait quel destin imprévu, dans un chariot de transfert destiné à véhiculer un autre produit hautement dangereux, de la matière fissile... sèche. Autant dire que l'on était pas loin de l'accident majeur nucléaire. Quel grimlin? quel farfadet? avait fait ce mauvais coup risquant de tout faire exploser? quel terroriste peut-être? Le monde mortifère du nucléaire est un univers mystérieux. D'autant que cet incident a mis aussi en évidence que ce récipient n'était par ailleurs pas identifié ni donc identifiable. D’après l’étiquette disposée sur ce bouteillon, le produit aurait du être sec alors qu’il était humide. On était à deux doigts d'une situation de criticité** c'est-à-dire du risque de démarrage d’une réaction nucléaire en chaîne. Dans l'urgence les transferts de matière fissile et autres ont donc du être arrêtés.

L'incident n'a été déclaré que 24heures plus tard et des vérifications plus larges entreprises par l'ASN le 28 septembre n'ont fait qu'augmenter les craintes : d'autres bouteillons présentaient les mêmes manquements caractéristiques d'identification. Je te mets dedans un peu de matière radioactive ou un peu de cassoulet pour le midi ? Allez donc savoir! Et dire que les autorités supérieures et les pouvoirs en place nous vantent le sérieux, la super-sécurité et la haute technicité du nucléaire français...

L'Autorité de Sûreté Nucléaire passe l'incident de niveau 1 (déclaré par la filiale d'Areva) à niveau 2 sur l'échelle INES*

L'ASN reproche donc à la FBFC un laxisme évident en matière de sécurité et une minoration de l'incident. Difficile de faire autrement sauf à perdre le peu de crédibilité dont cet organisme dispose encore après 50 ans de soumission à l'idéologie nucléariste.

2012-09-24_sigles-radioactif_UO2_Dioxyde_d__uranium_FBFC_St-Romans_Isere_nucleaire.jpgAinsi, en raison du doux euphémisme "défaut de culture de sûreté et de prise en compte du retour d'expérience" dont a fait preuve Areva FBFC ainsi que du nombre de bouteillons concernés par cet événement, l'ASN a reclassé cet incident nucléaire au niveau 2 de l'échelle INES*. Elle en a profité aussi pour imposé à l'industriel l'élaboration d'un retour d'expérience approfondi de ces événements (1). Et, en attendant la mise en place de "dispositions pérennes" (comment peut-il y avoir de pérennité avec une activité basée sur la destruction atomique?) l'instauration de dispositions transitoires destinées à prévenir le risque de criticité associé à la gestion des bouteillons contenant des rebuts. Autrement dit, l'industriel en cause et à l'origine du danger va s'auto-évaluer et, en attendant mieux, continuer à bricoler.

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* L'échelle internationale de gravité des incidents ou accidents nucléaires, ou INES, a été créée après l'accident de Tchernobyl, en Ukraine, en 1986. Elle est graduée de 0 à 7, les niveaux 1 à 3 étant des "incidents" et les niveaux 4 à 7 des "accidents". Un événement de niveau 2 est un incident assorti de défaillances importantes des dispositions de sécurité.

** Le risque de criticité est défini comme le risque de démarrage d’une réaction nucléaire en chaîne lorsqu’une masse de matière fissile trop importante est rassemblée au même endroit. Le risque de criticité augmente en présence d’eau.

(1) décision n°2012-DC-0321 de l'ASN du 30 octobre 2012