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Pour pouvoir prendre pied sur le sol britannique, EDF a racheté en 2008 la "British energy" et annonçait son objectif de construire deux réacteurs EPR en Angleterre (l’un dans le Somerset pour 2018, l’autre dans le Suffolk d’ici 2020). L'annonce se voulait historique car il s'agissait des deux premiers projets de ce type depuis trente ans.

Les ambitions industrielles de l'électricien atomique français étaient portées par la stratégie énergétique du gouvernement de David Cameron d'augmenter la place de l’atome dans un mix énergétique, agissant ainsi à contre-courant de la tendance mondiale qui est au déclin de l'atome. Chantre du libéralisme débridé et de la déréglementation/casse sociétale, le gouvernement conservateur anglais mettait ainsi en examen au parlement britannique un projet de loi réformant le marché de l’électricité.

Sous couvert fort discutable et faux que le nucléaire serait « faible en carbone » ce projet vise à garantir aux producteurs d'électricité, tant de renouvelable que atomique, un prix d’achat minima et suffisant ("contrats de différence") payé, évidement, par le contribuable. Pour EDF, ce tarif garanti, supporté par le public, représente une source de financement de ses projets d’EPR. Sans lui : pas de salut et de possibilité de quoi que ce soit. Libéralisme d'accord mais fonds publics pour le risque certainement.

Mais vient de surgir un "hic" alors que le projet d'EPR de Hinkley Point est en négociation entre le gouvernement britannique et EDF Energy. : la commission "Energie et changement climatique" de la Chambre des communes s’inquiète de l’opacité des discussions en cours. « Le processus proposé pour fixer le tarif d’achat pour le nucléaire manque de transparence » affirment les parlementaires dans un rapport. Pire : ils exigent la nomination d’un comité d’experts indépendants pour surveiller la négociation. Le gouvernement refuse comme si il avait quelque chose à cacher.

accident_nucleaire_montage_3.jpgLe PDG d’EDF Energy refuse de son côté de dévoiler la fourchette de prix en négociation alors qu'il a laissé poindre le bout du nez cet été dans une interview au Telegraph en ne réfutant pas que le prix du Mégawattheure (MWh) produit par l’EPR serait supérieur à 100 livres. Montant que plusieurs analystes estiment même plus près des 145 livres le MWh. C'est « presque trois fois le cours actuel de l’électricité sur le marché, soit l’équivalent d’une énorme subvention » s'insurge Gerry Wolf, le coordinateur de " Energy Fair" une association d’experts indépendants sur l’énergie qui vient de déposer plainte contre ce projet de loi devant la commission européenne à la concurrence. La plainte s'appuie sur le sous-financement des coûts d’assurance en cas d’accident, et le principe même d’un tarif d’achat pour le nucléaire, « alors que cette énergie existe depuis des années et ne devrait donc plus être subventionnée, contrairement aux renouvelables, plus récentes et plus fragiles »

L'argument d'EDF qui prétend qu’elle ne demande pas plus que ce que reçoit l’éolien en mer tombe... à l'eau. Car d’ici l’entrée espérée en fonctionnement de l’EPR vers 2020, le prix du MWh du grand éolien en mer aura sans doute baissé autour de 100 livres par MWh. Et " Energy Fair" de mettre aussi en doute le pseudo bilan carbone de l’énergie atomique loin d'être plus faible que celui des éoliennes ou du photovoltaïque.

Finalement à ce jour, le projet de loi sur le marché de l’électricité ne figure plus à l’agenda gouvernemental alors qu'il devait être débattu en octobre. Improbable donc que la loi soit promulguée avant l’année prochaine contrariant l'objectif d'EDF de décider de lancer ou non l’EPR d’Hinckley Point d’ici fin 2012. EDF referait alors le coup calamiteux de l'EPR aux Etats-Unis : effectuer d’importants investissements sans obtenir au final le feu-vert et la subvention espérée. Au casino de la mort les nucléocrates se prennent les pieds dans le tapis.

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source : http://www.mediapart.fr/article/offert/fe19144fdffcca77408a884286f4fc9e