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8h00 – Après un nourrissant petit-déjeuner pris à la « gamelle du chat » animée par la CNT (Confédération Nationale du Travail), ils ont attaqué le bitume, au départ de Pont-St-Esprit (Gard), d’un pas affirmé. Emplis d’une énergie décuplée. Le pas est rapide et les marcheurs et marcheuses dépassent amplement le 3km/heure. La gendarmerie elle-même est en admiration. Eh oui, lorsque la pensée et la justesse d’un combat s’emparent des individus elles deviennent une force matérielle capable de renverser bien des obstacles et limitations, d’ouvrir la fenêtre de l’avenir. L’espoir est bien de ce côté de la société humaine, le désespoir chez les nucléocrates qui tentent dramatiquement et cyniquement de faire perdurer le passé. Celui du crime de la destruction atomique. Une aventure sauvage, militaro-nationaliste contre nature. Un suicide collectif imposé par un quarteron de fanatiques scientistes qui ont dévoyé l’idée même de progrès humain.

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9h00 – La Motte-du-Rhône. Petite pause pour soulager les pieds et les mollets, soigner les ampoules et masser les muscles, s’hydrater comme il se doit. Près de 170 kilomètres déjà dans les jambes, alors il faut savoir prendre soin de soi. L’effort régulier doit être savament dosé. De nouveaux marcheurs locaux ont rejoints aujourd’hui la marche. Visages connus pour certains et découvertes pour d’autres. L’ambiance est toujours fraternelle, le groupe encore plus soudé et encore plus ouvert à l’accueil. Direction à présent LaPalud (Vaucluse) à quelques encablures du site nucléaire de Tricastin à cheval sur les départements de Vaucluse et de la Drôme.

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10h00- Les tours réfrigérantes des installations nucléaires émergent au loin. Tricastin surgit dans le paysage agricole comme un furoncle. Tricastin, c’est 4 réacteurs qui ont tous dépassé les 30 ans de durée de vie initialement prévue et que les déments de l’atome continuent de faire fonctionner malgré les incidents à répétition de plus en plus fréquents. Plus de 250 ont été recensés en 2010 par l’ASN en Provence. 4 réacteurs dont 3 ne servent pas à fournir de l’électricité à la population ou aux entreprises mais à nourrir l’auto-fonctionnement de la bête. Tricastin c’est un complexe qui regroupent des réacteurs nucléaires, des unités d’enrichissement de l’uranium, des installations de conditionnement partiel des déchets, des labos,... Tricastin c’est en été 2008 une fuite de 70kg d’uranium à l’usine Socatri et des rejets toxiques dans l’environnement et les rivières alentours. Une pollution, une contamination des terres agricoles et de l’eau jusqu’à plus de 50km du lieu. La filiale d’Areva a été condamnée par la justice. Mais les incidents nucléaires se poursuivent. Tricastin, comme Cadarache et Marcoule sont implantés sur des failles sismiques. Folie de quelques hommes entrés dans un délire de puissance et de grandeur et qui entraînent dans leur monde névrotique mortifère la planète entière. Un jour il faudra les juger. L’impunité ne peut être de mise.

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11h00- Pause. Les biscuits énergétiques sortent des sacs à dos, on s’assoit, on discute. On évoque la situation au Japon, que tous les médias du monde continuent d’évoquer chaque jour avec ses terribles évolutions, sauf les médias français. Omerta et auto-censure sont à l’œuvre depuis cinquante ans au pays de Voltaire et d’Hugo. Les penseurs des « Lumières» sont foulés au pied par une caste revencharde apte à se jeter sur tout ce qui peut assouvir sa soif de pouvoir et de profits. Alors la santé des êtres humains et du vivant est très éloignée de leur préoccupations sordides. La marche repart.

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12h00- Arrivée devant le complexe nucléaire du Tricastin. Les marcheurs sont accueillis par… la force spéciale de gendarmerie dévolue à la protection des installations nucléaires. Magnifique démonstration que le nucléaire génère une société policière, que les forces armées ont comme ennemi les citoyens libres et contestataires. Les marcheurs et marcheuses ne s’en laisse pas compter et déploient sur le rond-point d’accès l’immense banderole  « arrêt immédiat du nucléaire » et quelques autres « nucléaire = cancers » et « vallée du Rhône, morts en sursis ». Une cinquantaine de personnes nouvelles rejoignent les antinucléaires marcheurs. Une marionnette géante, portée à dos d’homme, domine les manifestants pistolet à la main et s’agite en tout sens tel un nucléocrate angoissé de voir son monde absurde et démoniaque s’écrouler.
Alors que tout le parcours s’est passé au mieux depuis 8 jours, sans accidents sur la route, sans accrochages avec les autorités, on perçoit ici une volonté des forces bleues de jouer les gros-bras et d’en découdre si cela se présente.

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Tous les manifestant-e-s sont photographié-es par le gendarme-photographe en civil jouant au photographe de presse. Flicage des citoyens, attitude autoritaire des forces de l’ordre (du désordre), entrave à la libre circulation des personnes, gradés et sous-gradés prenant leur ordre en direct par radio auprès d’une autorité supérieure invisible, milices privées en surveillance derrière les barbelés du site : il va falloir jouer fin et s’affirmer pour déjouer les entraves aux libertés fondamentales et ne pas tomber dans la provocation.

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Au bout de dix minutes c’est chose faite et les marcheurs et manifestants s’engagent sur la route vers l’accès à l’entrée de l’unité d’enrichissement de l’uranium « Georges Besse II ». Toutes les bannières, banderoles et drapeaux sont déployés. Les slogans fusent : Fukushima aussi était très sûr, arrêt immédiat du nucléaire, nucléaire assassin. Des prises de paroles ont lieu pour stigmatiser et condamner les criminels de la destruction atomique. En anglais, en lituanien, en italien, en espéranto, en allemand. Là aussi l’opposition au nucléaire est internationale et transcende les frontières. Au terme d’une petite demi-heure le défilé s’arrête et prend place sur le rond-point central.

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14h00- Les participants au rassemblement s’engagent à présent sur la route conduisant au centre-ville de Bollène, étape ultime de la Marche pour la Vie. La ville apparaît comme une ville fantôme, désertée de ses habitants, à l’image de sa mairesse absente depuis plusieurs semaines. Il n’y aura donc pas, une nouvelle fois, de rendez-vous avec ceux qui ont prétention à gérer les territoires.

Les marcheurs et marcheuses grimpent sur l’estrade installée devant l’hôtel de ville et déploient à nouveau leur banderole. Ils entonnent le "Chant des Partisans", chant de la libération du pays des forces obscures. Symbole à présent de l'urgence à libérer le pays des ténébreux adeptes de la destruction atomique. Le lien de Résistance est tissé par delà le temps et les frontières. L'espoir d'un monde débarrassé enfin de l'ignominie et de la tyrannie nucléocrate, du crime contre la vie. Les peuples pouvant se construire enfin un avenir.

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16h00- L’action touche à sa fin. Les mollets sont tendus, la soif étreint les gorges. Huit jours se sont déjà écoulés depuis le rassemblement devant le site nucléaire de Cadarache. 8 jours et près de180 kilomètres parcourus pour l’arrêt immédiat, inconditionnel et définitif du nucléaire. 180 km comme la distance maximale qui sépare un habitant du territoire français d'un site nucléaire et de sa radioactivité.

On se sépare, assuré que chacun et chacune ici tient le fil de l’avenir. Pour autant que les habitants et les travailleurs, vous, s’emparent de cette lutte pour la vie, l’avenir et la libération du pays des criminels nucléocrates peut être à portée de main… Merci à tous ces précurseurs de la vie.

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Portrait VIII – 25 août / Bernard

Médecin généraliste à Velleron (84) durant 33 ans, Bernard à 64 ans. Il est un pacifiste de longue date préoccupé de santé environnementale. Il est membre de l’Association des Médecins Français pour la Prévention de la Guerre Nucléaire. Depuis des années il se démène avec d’autres confrères spécialistes pour contraindre les pouvoirs publics à mettre en place en région provençale un registre des cancers et des pathologies liées à l’impact de la radioactivité. Bernard à travaillé comme conseiller sur le film « Gerboise bleue » qui retrace le vécu des irradiés et des premières victimes des essais de la bombe nucléaire française.

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Depuis qu’il a vu le nucléaire civil se développer pour produire le tritium nécessaire à la bombe, Bernard est en colère, car cela se fait sur le dos des gens et de leur santé et en plus «  Le drame est qu’en France aucun médecin n’a de formation spécifique en cas d’accident nucléaire. Et pourtant ce risque est de plus en plus du domaine de la concrétisation ».

Bernard n’est pas content du tout : « Nous savons que les lymphomes, les tumeurs cérébrales, la stérilité masculine, les cancers de la thyroïde et des testicules peuvent découler de la radioactivité environnementale. Tous les médecins constatent un accroissement de ces atteintes au vivant. Or je suis horrifié de voir la détermination des pouvoirs publics et sanitaires à refuser de mettre en place des études épidémiologiques réelles, refuser de prendre des dispositions pour avoir des chiffres valables en Paca. Par exemple, prendre 1000 personnes du Gard et du Vaucluse et les suivre et les comparer sur 1, 2, 3, 10 ans plus tard avec 1000 habitants de la Lozère ou des Alpes. Et chercher à quoi ces personnes ont été exposées. Avec quelques confrères et consoeurs nous sommes prêts à travailler gratuitement sur ce dossier. Mais les autorités nous opposent toujours un refus»

Il est en colère d’autant qu’il sait bien que même en arrêtant immédiatement le nucléaire, ses effets nocifs même à faible dose continueront à faire leur œuvre de mort longtemps, très longtemps , très très longtemps et notamment sur les enfants. « Nous avons à faire face aussi à cette monstruosité d’accumuler chaque jour des déchets nucléaires que nous laissons à nos enfants et dont ils sont les premières victimes. Il faut agir pour les protéger, c'est un crime »

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photos Chris et  Wolakota