|

Que s'est-il passé à la centrale du Tricastin au mois de mai ?

4 mai 2011, en plein épisode "Fukushima qui continue à ce jour : une défaillance sur le réseau d’alimentation électrique principal a été suivi d’un blocage d’un groupe de grappes de contrôle. En urgence il a fallu arrêter manuellement le réacteur n°1 et à solliciter l’alimentation électrique auxiliaire. Selon l'inspection qui s'en est suivit cet arrêt a bafoué la procédure appropriée et a été contraire aux règles de sécurité. Une fuite dans le bâtiment réacteur s'est produite et il y a eu une contamination du sol à un niveau de 60 Bq/cm2 sur trois étages du bâtiment réacteur. Mais ce n'est pas tout: la direction du site nucléaire à remis rapidement en route la centrale. Horreur de l'Autorité de Sureté Nucléaire, elle même : en agissant ainsi "on a privilégié la compétitivité de l’installation et le redémarrage du réacteur par rapport à la sûreté". Inadmissible!
__
Le 4 mai 2011, une défaillance sur le réseau d’alimentation électrique principal a été suivi d’un blocage d’un groupe de grappes de contrôle qui a conduit à arrêter manuellement le réacteur n°1 et à requérir l’alimentation électrique auxiliaire. 


Lors de la reconnexion de l’alimentation électrique principale, le cumul de deux anomalies (de mauvais et faux signaux d’alerte liés notamment à une coupure électrique intempestive et fugitive sur le tableau de distribution électrique n'assurant plus continuité de l’alimentation) a entraîné la mise en service automatique de l’injection de sécurité. Le débit a provoqué la montée en pression du circuit primaire. Cette montée en pression a entraîné à son tour l’ouverture à de multiples reprises d’une soupape de sûreté... 52 fois pendant plus de 35 mn! Une membrane de protection contre les surpressions du réservoir de décharge du pressuriseur s'est rompue entraînant pendant 10 mn une fuite d’eau primaire dans le bâtiment réacteur et la contamination du sol à 60 Bq/cm2 sur trois niveaux du bâtiment réacteur.

On a là les prémices d'un déroulement inéluctable et emblématique d'une potentielle explosion atomique.

Pour couronner le tout l’exploitant n’a pas respectées les règles de « conduite incidentelle-accidentelle » et replié le réacteur immédiatement dans l’état prescrit par les procédures. Ce n’est qu’environ 15 mn plus tard, alors que le réacteur était toujours en procédure d'alerte qu'a été validé le délai de 24h pour amorcer le repli en « arrêt normal sur le circuit de refroidissement du réacteur à l’arrêt » (AN/RRA). Or un blocage de groupe grappes identique s’était déjà produit sur ce réacteur par le passé et l'expérience aurait du servir.

Par ailleurs la décontamination n’étant pas terminée, le port d’équipements de protection individuelle est localement requis mais l’accès au local du réservoir de décharge du pressuriseur se faisant par deux accès, l’un seulement était équipé des équipements de protection individuelle disponibles. Le contrôleur "mains-pieds" dotés d’une alarme automatique en cas de dépassement d’un des seuils de contamination, situé au sas 8m du bâtiment réacteur, était... indisponible depuis la veille. Bien que des moyens de substitution aient été mis en place, les contrôles d’absence de contamination radiologique en sont moins rigoureux et laissés à la seule interprétation de l’agent qui se contrôle. Ces méthodes qui mettent en péril les salariés ne doivent plus avoir lieu.

Alors que cet événement était classé, dans la plus grande discrétion par les exploitants nucléaires et les médias, au niveau 1 de l’échelle INES, 6 jours plus tard, l'inspection de l'ASN du 10 mai 2011 constatait un écart notable avec la réalité et déclarait que la stratégie adoptée lors de cet incident était inappropriée.

Et les remontrances de l'ASN sont sans appel : " La démarche que vous avez entreprise pour lever l’événement relevant de la « conduite normale », dans une situation de « conduite incidentelle-accidentelle » ... est contraire aux règles qu’il vous était demandé de respecter dans la situation du réacteur n°1... En situation "incidentelle-accidentelle » les exigences relatives à la « conduite normale » ne sont plus applicables car en cas d’indisponibilité de groupe 1 antérieure à l'incident toute demande de repli devient immédiate. Cet "arbitrage" pourrait conduire à penser que vous avez privilégié la compétitivité de l’installation -  le redémarrage du réacteur - par rapport à la sûreté." (5)

Comment le lobby nucléaire, disqualifié à tout jamais après Tchernobyl, Fukushima et les incidents nucléaires à répétition sur l'ensemble des centrales nucléaires française ose-t-il encore jouer avec nos vie? L'arrêt immédiat des réacteurs vétustes de Tricastin est une exigence de sécurité publique.

 

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet