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Tricastin : le danger nucléaire permanent

Après la grave fuite d'uranium du 8 juillet 2008 et de nombreux autres événements au cours de l'été (au Tricastin et également ailleurs en France et dans d'autres pays), le site nucléaire du Tricastin s'est à nouveau retrouvé au coeur d'une nouvelle affaire grave : deux barres de combustibles sont restées suspendues accidentellement, du 8 septembre au 26 octobre 2008, au-dessus du coeur du réacteur n°2. La succession d’incidents nous rappelle que l'industrie nucléaire fait courir continuellement à la population un risque intolérable, non seulement en cas d’incident mais aussi en fonctionnement normal.

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Dans la nuit du lundi 7 au mardi 8 juillet 2008, la fuite d’une cuve de rétention dans une installation de la société SOCATRI, filiale d’Areva, sur le site du Tricastin a provoqué le rejet dans l’environnement d’effluents uranifères. Dans un premier temps, les chiffres de 360 Kg d’uranium contenus dans 30m3 d’effluents ont été annoncés, pour être ensuite revus à la baisse sans explication. Les derniers chiffres font été de 75 kg d’uranium correspondant à un volume d’environ 6m3.

Cette affaire pose de graves questions pour la suite, au Tricastin et dans les 30 autres réacteurs de 900 MW que l'on trouve en France : d'autres barres de combustible ne vont-elles pas "jouer les filles de l'air" lors des ouvertures de cuve ? Si c'est le cas, est-ce que la chance sera encore de mise et permettra d'éviter un accident nucléaire ?

l'appel du Collectif antinucléaire 84

Une manifestation, samedi 25 octobre 2008 à l'appel du Collectif antinucléaire 84 soutenu par le RSN, a rassemblé plus de 400 personnes dont des riverains de la centrale. Pour autant, même si l'affaire semble terminée, elle a été plus que problématique. Plusieurs plaintes ont été déposé contre X.  Le schéma ci-contre, issu du site web de l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), décrit la situation.

Un accident pouvait se produire à chaque instant et en particulier lors des tentatives de récupération de ces barres. Heureusement, après un premier échec, cette affaire sidérante s'est bien terminée (d'après EDF) : les barres de combustible ont pu être récupérées sans causer d'accident.

La France frappée par de multiples événements nucléaires en 2008

* à la Socatri-Areva (Bollène, Vaucluse ; grave fuite d'uranium le 7 juillet),
* à la FBFC-Areva (Romans-sur-Isère, Drôme ; découverte le 18 juillet de contaminations par une canalisation rompue depuis des années)
* à la Centrale nucléaire EDF du Tricastin (Drôme ; 100 salariés contaminés le 23 juillet)
* à celle de St-Alban (Isère ; 15 salariés contaminés le 20 juillet),
* à nouveau à la Socatri-Areva (aveu le 6 août de rejets illégaux depuis des semaines de carbone 14 radioactif),
* à la Comurhex-Areva (Pierrelatte, Drôme ; aveu le 21 août de contaminations par une canalisation rompue elle aussi depuis des années).


Incident nucléaire déclaré en retard

Bien que l’incident ait eu lieu le lundi 7 juillet à 19 h 00,  il n’a été déclaré par la SOCATRI-AREVA à son autorité de tutelle que le lendemain à 7 h 00. Et ce n’est qu’à 12 h 00, soit 5 heures plus tard, que l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) a engagé les procédures officielles et considéré comme grave cette pollution.

Pendant toute la matinée, la population a donc continué à utiliser une eau potentiellement contaminée pour l’irrigation, la baignade, la boisson. Les autorités ont déclaré qu’il n’y avait alors pas de risque immédiat. Pour ce qui est du long terme, en revanche… Cet événement a été classé « niveau 1 » sur l’échelle INES, malgré le rejet d’effluents radioactifs dans l’environnement et l’exposition potentielle des populations.

D'autres incidents nucléaires à répétition et toujours la volonté de minorer les risques et le danger

16 juillet 2008 : Des prélèvements de contrôle effectués plusieurs jours après l’accident ont mis à jour l’existence d’une pollution radioactive des nappes phréatiques plus ancienne. Ces nappes, qui alimentent des captages utilisés par des particuliers, présentent une teneur en uranium parfois dix fois supérieure au bruit de fond trouvé dans la région et dépassent les normes fixées par l’OMS pour la consommation d’eau.

Cette contamination pourrait provenir d’un entreposage de déchets, issus d'une ancienne usine militaire d'enrichissement de l'uranium. Dans un tumulus de terre haut de 5 à 6 mètres ont été accumulées 760 tonnes de matériaux radioactifs «  en violation du b.a.-ba de la gestion des déchets nucléaires », selon Corinne Castagnier, directrice de la CRIIRAD.

Mercredi 23 juillet 2008 : Une centaine d’employés travaillant dans le bâtiment d’enceinte du réacteur n°4 de la centrale nucléaire ont été contaminés par des poussières radioactives. Cet évènement a été classé « niveau 0 » sur l’échelle INES, soit moins grave que le rejet d’effluents radioactifs dans l’environnement survenu quelques jours auparavant, et ce malgré la contamination de plusieurs dizaines de salarié. Ce classement démontre l’absurdité absolue de l’échelle INES, qui n’est rien d’autre qu’un outil de communication sans aucune valeur scientifique.

Mardi 29 juillet 2008 : Une alarme s’est déclenchée sur le réacteur n°4 de la centrale du Tricastin, provoquant l'évacuation d'une partie du personnel. Selon un porte-parole, les travailleurs ont été conduits à l'infirmerie et examinés par un médecin qui a conclu à l'absence de contamination radioactive. Toutefois, d'après un ingénieur de la centrale interrogé par LCI, sur les 45 personnes examinées deux portaient de très légères traces de contamination. Ces deux salariés avaient été impliqués dans l’incident survenu la semaine précédente (voir ci-dessus).

Lors de l'annonce par le président français Nicolas Sarkozy de la construction d'un second réacteur EPR en juillet 2008, Tricastin est mentionné parmi les cinq sites envisagés (avec Flamanville, Penly, Chooz et Marcoule)[40]. Mais c'est finalement le site de Penly qui est choisi[41]. En février 2010, GDF Suez envisage à nouveau d'implanter un réacteur sur le site, mais cette fois un réacteur ATMEA.
 

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